samedi 30 avril 2016

LECTURE COMMUNE : Dialogue avec mon jardinier - Henri Cueco

Ce mois-ci nous vous avions proposé de participer à notre lecture commune autour du livre d'Henri Cueco "Dialogue avec mon jardinier". 
Aujourd'hui est venu le temps de vous faire découvrir les avis de Langue Déliée et de Ramettes 
N'hésitez pas à nous donner le votre dans les commentaires :) 

Dialogue avec mon jardinier
Henri Cueco
Ed. du Seuil - 2000
"Dialogue avec mon jardinier" - Henri Cueco - roman
4ème de couv. : "L'un peint la beauté, les doigts trempés dans les gouaches ; l'autre la cultive, les mains plongées dans la terre. L'un est le patron, l'autre l'employé. Après le travail, ils parlent. Entre les salades qui montent et les "belles fesses" des citrouilles, le peintre et le jardinier se rencontrent, se trouvent. Un dialogue inattendu, moqueur et franc, empreint de simplicité et de tendresse, de gravité parfois, de profondeur toujours."


• L'avis de Langue Déliée Noté 5*/5* Coup de coeur 
2 hommes. L'un peint, l'autre jardine. L'un est le patron, l'autre l'employé. 2 mondes se retrouvent après le travail pour discuter simplement de jardin et de peinture. De la vie et de ressentit... 2 univers se rencontrent et s'enrichissent. Un échange permanent. Une belle histoire.

"Ce qui est beau, c'est ce qui fait plaisir à voir, voilà, c'est simple..."

On découvre ces 2 personnages petit à petit, au fil de discussions, en même temps que les personnages eux-mêmes. Les paroles banales deviennent personnelles. Un lien se créé entre ces 2 hommes si différents. 2 univers sociales. 2 caractères. 2 visions de la vie. 2 sensibilités. 1 amitié naissante.

"Il vaut mieux crever d'un coup, pas vrai ? Crac, et bonsoir la compagnie... On arrive au ciel en meilleure forme, on n'a pas le eu le temps de se gâter."

Livre uniquement écrit sous forme de dialogue, comme son titre l'indique, a quelques rares didascalies (en italique) commentent des faits.
Les personnages ne sont jamais nommés mais cela n'a aucune importance car les mots, le vocabulaire et les expressions utilisaient par le jardinier ne sont pas les mêmes que ceux du peintre. On sait toujours qui parle.

L'écriture est fluide et agréable. Chaque phrase a un but même lorsque l'on en a pas l'impression. C'est rythmé, léger et très doux. On se sent bien avec eux, là simplement à profiter du moment présent.
Le dialogue d'apparence simpliste est loin d'être niais. En arrière plan l'auteur pointe de vraies différences sociétales et de la vie de la mort, sans pour autant faire de morale. Cela permet simplement de nous faire prendre conscience des choses. A nous d'en faire ce que l'on veut.

"Je ne sais pas. Le miroir, la glace, c'est quand on veut faire le beau, quand on veut s'arrêter de travailler. Pour travailler, on a pas besoin de se regarder."

1ère couverture du livre
La 4ème de couverture nous dit juste ce qu'il faut pour que l'on puisse situer le contexte et placer les personnages. Rien de plus. Cela reflète tout à fait le texte. On a qu'une envie : découvrir ces 2 hommes !

Pour la réédition du livre, les éditions Points ont choisi l'affiche du film pour leur nouvelle couverture. Serte on retrouve le lien entre les personnages mais la scène qu'elle illustre ne figure pas dans le livre. Elle doit certainement exister dans le film mais pas ici, c'est dommage. La première couverture était beaucoup plus pertinente et avait un vrai lien avec toute l'histoire.

"La femme, c'est mon jardin de la nuit"

Ce livre est un beau coup de coeur. Il obtient logiquement la note de 5*/5*.
Je ne vous dirais pas à quel moment, mais j'ai même versé ma petite larme. Ce qui est plutôt rare ! Ce livre m'a ému autant par sa légèreté et sa fausse simplicité que par ces 2 personnages auxquels on s'attache rapidement.
Chose encore plus rare, cette lecture m'a donné envie de voir le film pour prolonger ce moment. Un peu comme pour mon livre préféré "Des souris et des hommes" de John Steinbeck. Je pense que je relirais ce livre.

Cela m'a également donné envie de lire d'autres livres d'Henri Cueco que j'ai découvert ici. Ma PAL va encore s'agrandir ;)
Langue Déliée

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• L'avis de Ramettes Coup de coeur 
Ce roman, je voulais le lire depuis longtemps. J’en avais tellement envie que je l’ai acheté en plusieurs exemplaires. Au moment de le ranger dans ma bibliothèque je me rendais compte que je l’avais déjà , alors je l’ai donc offert à plusieurs personnes. Cette lecture commune est l’occasion d’enfin le lire !
Henri Cueco est un auteur que j’ai d’abord écouté dans « les papous dans la tête » sur France Culture il y a quelques années, puis j’ai lu « le collectionneur »… j’ai pensé à ce roman dans les premiers dialogues où ont retrouve des manies de Henri Cueco (par exemple garder les pelures de crayon et de les dessiner) alors je n’ai pu m’empêcher de voir Henri Cueco dans sont propre rôle de peintre. Question est-ce de l’auto-fiction ? Ces deux hommes se sont-ils vraiment rencontrés ?

Ce roman, c’est l’histoire de la rencontre de deux hommes qui vivent dans deux milieux différents. L’un est un peintre qui vient dans la maison familiale pour les vacances, l’autre est le jardinier qu’il a engagé pour faire revivre le jardin.
Un dialogue va se nouer au rythme des journées de travail du jardinier. Le peintre est là qui peint et écoute…
Les noms n’ont aucune importance, c’est le peintre et le jardinier, les épouses respectives « la femme ».
Le décor c’est un village de la campagne française (peut-être en Corrèze d’où est originaire Henri Cueco). Le jardinier vit en haut de son HLM comme une vigie, Le peintre est en haut de sa colline et entre les deux une rivière. Dans la rivière vit un poisson que le jardinier traque depuis des années, mais veut-il vraiment le pêcher ?!!! Ce n’est pas Moby Dick et le Capitaine Achab !
Ce qui va les unir c’est le regard et l’esprit d’observation, chacun a un œil aiguisé pour déceler la beauté des choses et l’évolution de ce qui les entoure, la nature et la société. Le regard tourné vers la beauté extérieure. Il y a des : Qu’est-ce que tu vois ? Qu’est-ce que tu regardes ? L’interprétation de ce qui est vu est différente entre le côté pragmatique du jardinier et le côté rêveur du peintre.
J’imagine à travers différents éléments que cela se passe avant les années 70. Il y a assez peu d’emprise de la technologie sur la vie quotidienne, la télévision, le téléphone, la voiture sont secondaires… il ya des expressions comme « fils de loup » que je ne connaissais pas (régionalisme peut-être, je connais plutôt « fan de loup » et ce n’est pas d’aujourd’hui !). Le jardinier est en bleu de travail même le dimanche, sont statut social est très marqué, il est ouvrier à la SNCF. Il roule en mobylette, le jardinier achète une Terrot (années 50 -60). Les miroirs sont chose rare et mal vue dans une maison d’ouvrier (coquetterie mal placée). Les dentistes ne font pas dans la dentelle ils arrachent tout et hop un dentier (tiens dans une autre LC parlons livres nous avions aussi ce sujet !). Les lunettes on se les passe car c’est trop cher de s’en faire faire !
Le jardinier est conscient de sa classe sociale, c’est toute une époque, et il ne veut pas sortir de ce qu’il représente, ne pas se faire remarquer… les autres ne comprendraient pas ils se moqueraient de moi… C’est un philosophe qui s’ignore à toujours se poser des questions sur l’existence… Il n’y a aucun jugement entre les deux…
La mort est omniprésente depuis le début, elle fait partie du cycle de la vie et du jardin… le peintre peint des natures mortes comme pour prolonger la vie des choses, le jardinier plante et protège les légumes en suivant les cycles des saisons…

C’est un roman où il est question d’amitié et de respect… Il s’agit d’aller vers l’autre pour mieux le comprendre… puis le chemin se fera dans l’autre sens dans une réciprocité et un partage. On découvre la beauté ou la bonté intérieure de chacun. C’est un bel hommage au jardinier…
De nombreux sujets de la vie quotidienne vont faire l’objet de discussions : la famille, la religion, la politique, la pêche, le travail, la santé, les vacances et les voyages…
J’ai bien aimé la cadence des rencontres ponctué par il est l’heure de manger… façon de couper la conversation sans manière et sans chute.

« Certains font leur jardin avec des mots. Ils les plantent et récoltent des idées. Ou l’inverse. 
Parfois, ils récoltent des idées nouvelles avec des mots ordinaires… » (p. 83).

Il y a beaucoup de moments émouvants, mon ventre s’est serré et mes yeux se sont embués… A commencé par le moment où il montre ce qu’il a écrit sur son carnet de croquis… la demande des dessins sur les cartons… jusqu’au moment le plus douloureux.
C’est un roman tendre et touchant sur les rencontres et les moments magiques qu’il faut savoir cueillir avant qu’ils ne s’envolent.
Il y a de belles pensées qui jalonnent se roman… c’est un roman qu’on a envie de relire pour y retrouver des phrases parfois simples et sincères.
Ce roman m’a rappelé des sensations que j’avais eues avec « les enfants des marais » de Georges Montforez.


Maintenant que je l’ai lu j’ai bien envie de voir le film…

Ramettes

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A bientôt :)

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